ENQUÊTE EXCLUSIVE : LA VIVE DISCUSSION ENTRE MAMAN MARTHE ET ETIENNE TSHISEKEDI QUELQUES JOURS AVANT SA MORT

Ce sont des graves révélations que Jean Marc Kabund a faites à l’émission «Pona ekolo», présentée par l’excellente Sylvie Bongo sur CMB-Digi. Le secrétaire général de l’UDPS, qui a affirmé parler «au nom de la vérité», a ainsi déclaré que «le président Tshisekedi avait proposé le nom de Valentin Mubake pour être Premier ministre». «Il …

Ce sont des graves révélations que Jean Marc Kabund a faites à l’émission «Pona ekolo», présentée par l’excellente Sylvie Bongo sur CMB-Digi. Le secrétaire général de l’UDPS, qui a affirmé parler «au nom de la vérité», a ainsi déclaré que «le président Tshisekedi avait proposé le nom de Valentin Mubake pour être Premier ministre». «Il l’avait appelé… c’était la manière de travailler d’Etienne Tshisekedi, comme pour moi quand il m’avait proposé d’être secrétaire général, il m’avait appelé et me l’avait dit oralement», confie M. Kabund. «Il avait appelé Mubake, lui avait dit qu’il voulait qu’il soit le nouveau premier ministre à désigner par le Rassemblement».

Cette révélation donne, enfin, raison à Valentin Mubake et à tous ceux qui ont toujours soutenu que c’est bien lui que le défunt Sphinx de Limete avait désigné comme Premier ministre de Transition, ce qui aurait carrément fait de lui son dauphin. Nous livrons ci-dessous les résultats d’une enquête que nous avons menée de longue haleine sur le sujet, pendant laquelle nous avons interrogé de nombreuses personnes, des cadres de l’UDPS ainsi que des simples militants ayant leurs entrées sur 10ème rue Limete du vivant d’Etienne Tshisekedi.

Le grand retour du mal aimé

Valentin Mubake était opposé à tout dialogue avec le régime Kabila et se faisait fort de le crier dans toutes les langues. Peu après son retour de Belgique, Etienne Tshisekedi le convoque chez lui pour un entretien en tête-à-tête. Le leader de l’UDPS venait de conférer avec Thomas Stuart Price Perriello, l’envoyé spécial américain pour les Grands lacs, qui revenait de Luanda où s’était tenu un sommet de la Conférence internationale de la région des Grands lacs, CIRGL, qui avait proposé un partage du pouvoir entre Kabila et Tshisekedi pour une transition pacifique.

Tshisekedi explique alors à Mubake que l’opposition n’étant pas parvenue à chasser Kabila par la rue, il fallait bien négocier avec lui en partant du fait qu’il est le président de la République. C’est le grand retour de Valentin Mubake, le mal aimé,  que la famille Tshisekedi avait empêché de voir le Lider Maximo à Bruxelles en avril 2015. Le 25 novembre 2016, Etienne Tshisekedi le nomme président du gouvernement alternatif de l’UDPS. Il s’agit de ce qu’on appelle en Grande Bretagne shadow cabinet (cabinet fantôme), et qui est dirigé par le leader de l’opposition officielle. Il comprend l’équivalent de tous les ministères et travaille à la maîtrise des dossiers de façon à prendre la gestion du pays, sans tâtonnement, une fois acquise la victoire électorale aux prochaines élections. En Grande Bretagne, au Canada, en Inde, en Australie, en Nouvelle Zélande et dans d’autres pays de tradition institutionnelle britannique, la personne que l’on nomme à ce poste est assurée de devenir le Premier ministre si sa famille politique remporte les élections. Ce poste devrait, logiquement, être assuré par Etienne Tshisekedi lui-même ou, à tout le moins, par le secrétaire général du parti. En le confiant à un autre cadre, on peut dire que, sans nul doute, Etienne Tshisekedi venait de désigner son dauphin …

Sauf que ce dauphin-là n’aime guère Moïse Katumbi, l’homme à la base de la création du Rassemblement, et le puissant clan katumbiste le lui rend bien. En ces temps de dialogue, l’ancien gouverneur du Katanga, qui a rencontré le fils Félix Tshilombo pour la première fois le jeudi 10 décembre 2015 dans un hôtel du VIIIème arrondissement de Paris grâce à l’entremise de Samy Badibanga, aurait passé un deal avec lui : il fait tout pour le hisser à la primature, quitte à ce dernier de le soutenir à la présidentielle. Tous savent bien que le vieux patriarche n’en a plus pour longtemps, en tout cas qu’il ne saura jamais soutenir une deuxième fois le rythme d’une campagne électorale. Selon nos sources, Moïse Katumbi arrose Félix Tshisekedi de billets verts. « C’est grâce à l’argent de Katumbi que Félix Tshilombo a pu s’acheter Jeep de luxe, voire se construire un immeuble à Limete. Pour un homme dont nous avons tous vu le très modeste train de vie, et qui n’a été dans sa vie qu’un simple facteur de la poste de Bruxelles, fonction qu’il a quittée depuis 2002, plongeant du coup dans un long chômage, cette brusque prospérité en étonne beaucoup à l’UDPS », nous déclare un autre membre de l’UDPS bien introduit dans le milieu.

Lettre trafiquée

Mais le combat entre l’héritier politique et le fils biologique va continuer âprement. Avant le début des négociations de la CENCO, Etienne Tshisekedi convoque encore une fois Valentin Mubake et l’informe l’avoir désigné comme chef de la délégation du Rassemblement à ces discussions et qu’il a écrit une lettre en ce sens le 8 décembre – lettre qu’il a remise à l’abbé Tshilumba, son secrétaire particulier, pour transmission aux évêques médiateurs.  Mais quelle ne fut la surprise de Mubake lorsque, arrivé sur les lieux, il trouve une autre lettre du même Tshisekedi désignant son fils Tshilombo comme chef de la délégation du RASSOP ! Désemparé, il revient voir le Sphinx de Limete qui n’en revient pas. Rouge de colère, Etienne Tshisekedi accuse l’abbé Tshilumba d’avoir trafiqué sa lettre et se propose d’en écrire une autre.

Mais c’est Valentin Mubake qui le lui déconseille, faisant valoir que la première avait déjà été transmise par la CENCO à toutes les chancelleries. De sorte qu’écrire une autre lettre nuirait à la crédibilité de l’UDPS. Entretemps, l’abbé Tshilumba avait déserté la résidence pendant plusieurs jours, tous téléphones éteints. «C’est de cette manière que Félix a toujours opéré, en trafiquant des lettres ou en concevant des fausses avec la signature de son père. Il a ainsi réussi à radier de l’UDPS tous les soutiens de Valentin Mubake pour l’isoler, les Claude Kiringa, William Vangu, Jaquemain Shabani, les quatre présidents fédéraux de l’UDPS/Kinshasa, les plus de 100 cadres signataires de la Déclaration de la base du parti de 2014 etc.», nous déclare une source proche d’Etienne Tshisekedi. Ainsi va l’UDPS dans la vieillesse du vieux …

Lorsque les pourparlers du Centre interdiocésain touchent à leur fin début-janvier, Etienne Tshisekedi convoque le G7, représenté par Pierre Lumbi et Kitenge Yezu et leur dit qu’ils étaient kabilistes il y a encore peu, qu’ils ne peuvent pas résister à Kabila en le regardant dans les yeux et que, par conséquent, ils ne doivent pas avoir la moindre prétention sur la primature. Les deux leaders du G7 acceptent et, dans la foulée, la grande coalition katumbiste annonce, le 7 janvier 2017, par la bouche de Pierre Lumbi, que le poste de Premier ministre revient de droit à l’UDPS.

La mortelle empoignade familiale

Peu avant, Etienne Tshisekedi avait réuni sa famille et son pré-carré dans sa maison. Prenent part à la réunion, outre le vieux patriarche lui-même, notamment son épouse Marthe Kasalu Jibikila, son fils Félix Tshilombo et l’abbé Théo Tshilumba – le même ! Grâce aux nombreux témoignages, nous avons essayé de reconstitué le plus fidèlement possible la discussion qui s’engage alors, citant les paroles de chacun :

Etienne Tshisekedi : Les négociations directes ont quasiment pris fin, il reste à se mettre d’accord sur les arrangements particuliers afin de permettre la mise en œuvre de l’Accord que nous avons conclu. Comme vous le savez, moi, je dois retourner en Belgique pour les soins médicaux, j’aurais déjà pu partir depuis novembre, mais cette histoire de dialogue de la CENCO m’a retenu au pays. Je vous ai donc réunis pour vous dire que j’ai expliqué aux amis du G7, Pierre Lumbi et Kitenge Yezu, qu’ils n’avaient pas à se mêler de la désignation du Premier ministre qui doit être faite uniquement par l’UDPS. Nombre de nos cadres ayant quitté le parti, je n’ai sous la main que les quatre que j’avais d’ailleurs envoyés au dialogue de la CENCO : Jean Marc Kabund, Gilbert Kankonde, Félix Tshilombo et Valentin Mubake.

Maman Marthe : Et tu as choisi une seule personne parmi les quatre ou tu comptes envoyer la liste de tous les quatre comme l’exigent les gens de la MP ?

Etienne Tshisekedi : Je n’ai pas à me soumettre aux caprices de la MP. Si nous en sommes-là, c’est à cause d’eux qui n’ont pas voulu organiser les élections. Donc j’ai décidé de désigner une seule personne. Jean Marc Kabund est fougueux et dynamique, mais il est trop jeune et n’a pas l’expérience suffisante pour assumer une telle charge dans ce genre de circonstances. Gilbert Kankonde m’a déjà trahi par le passé et j’ai toujours pensé qu’il m’espionne pour compte de Raphaël Katebe Katoto. Félix a encore beaucoup à apprendre, il n’a pas le cursus pour occuper la primature aujourd’hui. Ensuite, je ne peux pas annihiler le sens de mon combat, j’ai passé des années à prêcher aux Congolais à s’unir et à dépasser les appartenances ethnico-provinciales, et je ne peux donner le mauvais exemple en réduisant ma lutte au positionnement de mon propre fils. Il me reste Valentin Mubake, c’est donc lui que j’ai choisi.

Maman Marthe : Mais non ! Nous avons beaucoup souffert toute notre vie pour cette UDPS, nous n’avons jamais joui du pouvoir, tu es au soir de ta vie, au lieu de positionner notre fils, tu nous sors Mubake ! Qu’est-ce que mon fils t’a fait ?

Etienne Tshisekedi : Nous ne sommes pas les seuls à avoir souffert. La souffrance de chacun a été sa contribution à la lutte. Quand nous avons commencé la lutte, des gens comme moi, Ngalula, Birindwa ou Lihau n’avions plus des enfants en bas âge. Mais il y avait des jeunes comme Lumbu ou Kapita qui avaient des femmes qui allaitaient des bébés. Ils ont souffert plus que nous. Nous au moins nous sommes vivants, mais d’autres ont eu moins de chance, ils sont nombreux qui ont perdu leur vie pour ce combat. Tu penses à eux ? Félix n’a ni la formation intellectuelle nécessaire ni l’expérience professionnelle adéquate pour occuper la primature. Moi, j’ai été Premier ministre, je sais ce que c’est.

Maman Marthe : C’est quoi cette histoire de cursus qu’on oppose toujours à mon fils ? S’il n’a pas eu le soi-disant parcours que tu veux, c’est par ta faute. Tu n’as pas joué auprès de lui le rôle d’encadrement du père. Quand nos enfants avaient besoin de toi, tu es entré dans cette lutte en 1980, et nous en avons beaucoup souffert, obligés, avec tes enfants, à te suivre dans des prisons et dans des relégations. Et aujourd’hui, tu dis que notre fils manque de cursus !

Etienne Tshisekedi : Ce n’est pas exact. Tu es venu avec les enfants une fois dans une relégation à Mupompa, mais ils n’ont pas traîné. Par contre, nos enfants ont été pris en charge par des amis occidentaux qui les ont fait partir dans des pays d’Europe. Birindwa était dans la même situation que nous, soit en prison, soit relégué chez lui à Walungu au Kivu. Ses enfants sont partis et sans être encadrés par leur père, ils sont revenus tous les deux pilotes de l’aviation civile. Ils ont réussi leur vie. Mais Félix a eu une bonne bourse, il en a fait quoi ? Il pouvait revenir professeur d’université, médecin cardiologue, brillant avocat à la tête d’un cabinet d’affaires, ou économiste en chef de la Banque mondiale. De cette manière, il pouvait avoir de connaissances sectorielles solides pouvant lui permettre d’intégrer un ministère et poursuivre son ascension. Mais il revenu rien du tout. Et il veut commencer par devenir Premier ministre ? Au lieu d’étudier, il a passé son temps à boire et à courir les femmes.

Maman Marthe : A courir les femmes ? On dit tel père, tel fils. Au moins sur ce plan, il te ressemble !

Etienne Tshisekedi : Ah bon ? Moi j’ai quitté mes parents à Luluabourg, je suis venu seul étudier et me bâtir un avenir à Léopoldville. J’ai bien réussi non ?

Maman Marthe : Et ce Mubake, qu’est-ce qu’il a de spécial ?

Etienne Tshiskedi : Voilà le genre d’hommes que j’apprécie. Il me rappelle justement mon propre parcours. Il est né de parents modestes issus d’un village perdu dans la forêt de Mwenga, là-bas au Sud-Kivu. Il est venu étudier loin à Kinshasa, sans l’encadrement de personne et il est sorti ingénieur civil. Il est devenu cadre d’entreprises privées, rapporteur adjoint du Parlement de transition, consultant du PNUD, il m’a accompagné dans la lutte, il a même dirigé le Comité national de l’UDPS, il a la formation, il a l’expérience et les compétences.

Maman Marthe : Je t’assure que nous n’accepterons jamais ce choix. Ça sera Félix ou rien.

Etienne Tshisekedi : Eh bien, j’ai décidé et il en sera ainsi !

Par la suite, Etienne Tshisekedi fait venir Valentin Mubake par l’entremise de son chauffeur prénommé José. Il l’informe alors qu’il a décidé de le présenter comme Premier ministre, et lui conseille de ne pas s’attarder sur des dossiers sales de la Kabilie, mais de se consacrer aux élections. De son côté, Félix Tshilombo prend son avion pour Bruxelles où il rencontre Moïse Katumbi, et d’où il entame sa campagne pour la primature. Le 10 janvier, il accorde une interview à nos confrères d’Actualité.cd dans laquelle il déclare : «Je pense, sans prétention aucune, pouvoir être un bon Premier ministre». Et il donne ses atouts, en fait tout ce qu’il a comme états de service : «Je me bats depuis longtemps et je suis dans la politique depuis très longtemps. Je suis cadre du parti depuis plus de 20 ans et je crois que j’ai mon idée sur ce que peut être la république».

Ça sera tout ! Cela fit rire les âmes sensibles, mais le pauvre «Ya Tshitshi» fut sonné …

Certes, Jean Marc Kabund ajoute que «(Mubake) a été pris de folie, il a commencé à annoncer à tout le monde avoir été désigné par Étienne Tshisekedi, les membres du Rassemblement se sont rendus chez le président pour lui demander de ne pas le désigner au poste au risque de dissoudre la plateforme, menaçant même de s’y retirer si cette désignation était confirmée», ce qui aurait poussé Etienne Tshisekedi à se raviser et à nommer son Félix Tshilombo suite aux pressions du Rassemblement.  On peut se poser la question sur la véracité de cette deuxième partie de ses révélations. S’agit-il d’un exercice d’équilibrisme destiné à sauver les meubles ? Possible.

En janvier, nous avons été témoins, au Centre interdiocésain, lorsque Joseph Olenghankoy et Christopher Ngoy sont venus, l’un après l’autre, féliciter Valentin Mubake pour avoir été désigné Premier ministre. Ce dernier était surpris de constater qu’ils étaient au courant. Ce ne peut donc pas être lui qui a répandu la nouvelle. De même, si jamais Etienne tshisekedi s’était ravisé, il l’aurait dit au concerné Mubake afin de ne pas le bercer de vains espoirs. Or, il ne l’a pas fait.

Puis survint l’affaire de la fameuse lettre d’Etienne Tshisekedi portant désignation du Premier ministre de transition. Cette lettre a été déposée à la CENCO le 17 janvier 2017 par Pierre Lumbi et l’abbé Théo Tshilumba – encore lui ! – qui affirmèrent qu’elle venait d’Etienne Tshisekedi. Mais les évêques ont rencontré le président de l’UDPS la nuit du 23 janvier, la veille de son départ pour Bruxelles pour ses soins médicaux, soit six jours plus tard. Un intervenant, au cours d’une plénière du dialogue de la CENCO, leur posa la question de savoir s’ils ont évoqué la question de cette lettre avec son auteur supposé, Etienne Tshisekedi, ne serait-ce que pour en accuser réception. Réponse embarrassée de l’abbé Nshole qui renvoya la patate chaude à Mgr Fridolin Ambongo qui, à son tour, après avoir botté en touche, passa le relais à Mgr Utembi, qui expliqua qu’ils n’ont pas posé la question parce que le chef de l’UDPS était fatigué. Pourtant, c’est bien lui, le chef de l’UDPS, qui les avait invités à cette rencontre …

Il reste que, une fois le père mort, pour rester seul maître à bord du bateau UDPS, le fils a tôt fait de radier son encombrant rival, l’ingénieur civil de Mwenga, celui-là que son père aurait voulu comme dauphin. Ceux qui rêvaient d’une UDPS vraiment nationale n’ont eu que leurs yeux pour pleurer devant une dévolution monarchique du pouvoir bien orchestré dans leur parti par Félix Tshilombo.